Dissertation Littrature Plaire Ou Instruire

[Amorce] Pourquoi écrire ? Tout écrivain doit se poser cette question. Dans sa préface des Caractères, La Bruyère donne une réponse à cette interrogation : « On ne doit parler, on ne doit écrire que pour l’instruction. » La négation restrictive « ne… que » donne à la formule un ton catégorique sans appel. [Problématique] Cette assertion incite à s’interroger sur le travail de l’écrivain. [Annonce du plan] Écrire n’a-t-il qu’un rôle didactique ? La littérature n’a-t-elle pas d’autres finalités, notamment celle de plaire, comme le disait déjà le poète latin Horace ? Mais au-delà de cette apparente opposition, ne doit-elle pas utiliser les moyens plaisants pour mieux instruire, dans une interaction fructueuse ?

I. Écrire pour instruire ?

Le verbe « instruire » prend de nombreuses significations. En quoi la littérature répond-elle à ces divers sens ?

1. Instruire, c’est informer

  • Instruire, c’est d’abord informer. Ainsi les écrivains, se donnent pour mission de faire part de leurs expériences de la vie [Exemples personnels].
  • Ancrés dans l’actualité, ils éclairent alors les débats qui agitent leur époque. Ils le font à travers des genres variés. Au siècle des Lumières notamment, se multiplient les essais et traités : l’Italien Beccaria compose un Traité des délits et des peines, Rousseau propose Le Contrat social… La littérature permet ainsi de mieux connaître son temps. L’information passe parfois par des moyens plus indirects : ainsi Montesquieu, dans ses Lettres persanes, peint la société de son temps sous de nombreux aspects, tout comme Beaumarchais qui dans Le Mariage de Figaro peint l’aristocratie.
  • Mais la littérature peut informer sur l’autre. Elle jette alors un regard instructif sur des périodes antérieures et joue en quelque sorte un rôle historique [Exemple personnel]. Mais elle apporte aussi des connaissances sur d’autres cultures. Ainsi aux xvie et xviiie siècles notamment, se multiplient les récits de voyage : Jean de Léry écrit L’Histoire d’un voyage fait en terre de Brésil rapportant les coutumes des Indiens, Montaigne parle de sa rencontre avec trois sauvages venus visiter la France dans ses Essais, et, plus récemment, Claude Lévi-Strauss raconte la vie quotidienne des Indiens Nambikwara.

2. Instruire, c’est susciter un regard critique

  • Instruire, c’est aussi apprendre à traiter l’information, c’est-à-dire à jeter un regard critique sur le monde. De nombreux auteurs dépassent la simple information pour susciter la réflexion critique sur les vices de leur temps. Cette fonction de la littérature remonte à l’Antiquité : le « romancier » latin Pétrone fait dans Le Satiricon la satire des affranchis (nouveaux riches parvenus) sous les traits de son personnage Trimalcion.
  • Au xviie siècle, La Bruyère dans ses Caractères souligne les travers de la Cour. Molière veut « attaquer par des peintures ridicules les vices de [son] siècle », La Fontaine, dans ses Fables, ridiculise les défauts de son époque[Exemple personnel + « Les Animaux malades de la peste »]. Montesquieu dénonce la vanité et les folies guerrières du roi, et, au-delà la monarchie absolue.
  • La littérature devient alors une arme de lutte contre les abus et incite le lecteur à rejoindre ces combats qui font la dignité de l’homme. Combat contre l’intolérance [exemples à développer : Candide ou L’Ingénu de Voltaire], l’injustice, le fanatisme, le racisme [exemples personnels], les horreurs de la guerre [exemple à développer : Si c’est un homme de Primo Levi] mais aussi, combat pour la solidarité [ La Peste de Camus, La Condition humaine de Malraux].

3. Instruire, c’est éduquer en transformant

  • Instruire vise à donner une vision du monde, de l’homme et de sa condition en général. Les écrivains expriment leur conception du monde et de la condition humaine.
  • Ainsi, Molière, mais aussi La Bruyère, dans leur galerie de portraits, font la peinture de vices humains, à travers des types dégagés de tout ancrage dans le temps ou dans une société : il y a l’avare, le malade imaginaire, le vantard, l’hypocrite… Ces écrivains se donnent alors comme objectif de « corriger les hommes ».
  • Cette vision du monde amène le lecteur à tirer une philosophie de vie qui doit se concrétiser dans le respect de certaines valeurs. Ainsi les fables dans l’Antiquité servaient de base pour enseigner les enfants et construire une sagesse de vie, une « morale ». La littérature mène le lecteur à se transformer.

[Transition] Écrire, c’est donc bien remplir les diverses formes de l’instruction, en faisant partager ses connaissances, en dénonçant des abus mais aussi en forgeant un nouvel être.

II. Écrire n’a-t-il pas d’autres rôles ?

Mais n’assigner à la littérature qu’une fonction didactique c’est la réduire à une activité utile. Or, écrire est une activité artistique aux objectifs plus larges.

1. Écrire pour « plaire »

  • Le principe des auteurs classiques ne doit pas être tronqué : pour Molière et ses contemporains, il s’agit bien d’« instruire et [de] plaire ». « Corriger les mœurs », soit, mais « en riant » : écrire, c’est aussi divertir, pour oublier sa condition de mortel.
  • Les spectateurs vont au théâtre pour « passer un bon moment » [Exemple personnel], les lecteurs de roman s’attachent à des personnages dont ils suivent avec émotion le parcours [Exemple personnel]. Les auteurs de romans policiers de nos jours emmènent leurs lecteurs dans un parcours plein de mystère qui les intrigue et proposent à leur sagacité une énigme à résoudre ; les nouvelles et romans fantastiques transportent dans un autre monde, dépaysent [Exemple personnel].

2. Écrire pour procurer un plaisir esthétique

  • Un auteur peut aussi mettre sa plume au service de l’art pur et se donner comme but de créer un bel objet d’art, propre à procurer une émotion esthétique, au même titre qu’un beau tableau, qu’une belle musique.
  • Si de nombreux poètes considèrent la poésie comme « une arme » et s’engagent à travers eux [Exemple personnel], d’autres, tels les Parnassiens, prônent « l’art pour l’art ».
  • La littérature rejoint alors les arts, au point que le poète Théodore de Banville a pu affirmer que la poésie englobait les arts et les surpassait tous : « Elle est à la fois Musique, Statuaire, Peinture, Éloquence ; elle doit charmer l’oreille, enchanter l’esprit, représenter les sons, imiter les couleurs […]. » On pense à Verlaine qui conseille dans son « Art poétique » : « de la musique avant toute chose… » ou à Horace, qui assimile la poésie à une « peinture ».

3. Écrire pour partager ses émotions

  • L’écriture peut enfin avoir pour rôle de rendre compte de ses états d’âme. Les romantiques, à travers leur poésie [Exemple personnel], mais aussi leur théâtre [Exemple personnel] traduisent leur « mal du siècle ».
  • Les récits autobiographiques remplissent le plus souvent cette fonction : Charles Juliet en écrivant Lambeaux rend hommage à ses deux mères, mais en même temps son écriture agit comme une sorte de psychanalyse qui le libère de ses angoisses existentielles.

[Transition] Mais n’est-ce pas une erreur que de vouloir cantonner la littérature dans un rôle ? Faut-il opposer « plaire » et « instruire » ?

III. Plaire pour mieux instruire ?

Ne se crée-t-il pas au contraire une dynamique entre ces deux buts de l’écriture ? Le plaisir de l’écriture et de la lecture est en fait un outil efficace pour mieux instruire. Cette interaction est particulièrement sensible dans l’apologue, dont La Fontaine disait : « Une morale nue apporte de l’ennui ; / Le conte fait passer le précepte avec lui ». Il revendiquait le droit au divertissement : « Et si Peau d’Âne m’était conté, / J’y prendrais un plaisir extrême ».

1. L’agrément et les vertus du rire pour instruire

  • L’un de ces moyens pour rendre l’instruction plus efficace est le rire, sous toutes ses formes. Rabelais, qui voulait que son lecteur ne s’arrêtât pas au simple divertissement que peut procurer la lecture de Gargantua ou de Pantagruel mais qu’il en tirât la « substantifique moelle », c’est-à-dire la teneur profonde, prévient son lecteur : « Mieux est de rire que de larmes écrire / Pour ce que rire est le propre de l’homme ».
  • Le comique prend des formes multiples, depuis la grosse farce carnavalesque [Exemple personnel + Gargantua, Pantagruel, les farces de Molière…], jusqu’à l’humour le plus fin [Exemple personnel] en passant par l’ironie mordante, qui fait sourire, mais qui oblige aussi le lecteur à la réflexion pour « interpréter » le message indirect [Exemple personnel + contes philosophiques de Voltaire, « De l’esclavage des nègres » de Montesquieu].

2. Les vertus pédagogiques du dépaysement

  • Pour instruire le lecteur sur le monde et sur l’Autre, les écrivains jouent de l’efficacité pédagogique du dépaysement. C’est le procédé de l’œil neuf qui décape notre vision du monde et nous engage, tout en nous divertissant, à la réflexion.
  • Que ce soit à travers les romans picaresques [Exemple personnel], les récits de science-fiction [Exemple personnel d’utopie, de contre-utopie], les récits de voyages (réels ou fictifs, comme les Lettres persanes, Les Voyages de Gulliver ou Micromégas), l’écrivain fait découvrir des mondes nouveaux qui enchantent mais dont la comparaison avec le nôtre est instructive. En effet, elle dévoile les vertus et les valeurs d’autres civilisations mais révèle aussi les vices de notre monde [Exemple personnel].
  • À cet égard, le roman d’apprentissage entraîne les personnages dans des aventures où ils se « frotteront » à plusieurs milieux, plusieurs sociétés et forme ainsi autant le héros que le lecteur [Exemple personnel].

3. De la variété avant toute chose

  • L’efficacité pédagogique de l’écriture tient plus globalement à la variété et à la vivacité, pour ne pas lasser le lecteur et pour maintenir son esprit en éveil. Pour cela, les écrivains disposent de nombreuses ressources.
  • Pour mieux instruire, il convient alors de combiner les genres de l’argumentation directe [Exemple personnel] et de l’argumentation indirecte, en s’adaptant au public visé. À un enfant conviendra le genre court et imagé de la fable ; au lecteur amateur de péripéties conviendra le roman ; à celui qui aime la fantaisie, les dialogues amusants comme L’Histoire comique des États et Empires du Soleil Cyrano de Bergerac ; aux penseurs les traités et les essais.

Conclusion

Si l’on peut concéder à La Bruyère qu’écrire a fréquemment pour but d’instruire, on lui objectera que la littérature ne saurait se réduire à une fonction unique, sous peine de perdre sa richesse. Une intention pédagogique ou didactique trop envahissante révèle la méconnaissance de la clé du succès énoncée par le poète Horace : « Il obtient tous les suffrages celui qui unit l’utile à l’agréable, et plaît et instruit en même temps. »

DISSERTATION SUR LA FABLE ET LE CONTE PHILOSOPHIE : FABLE OU CONTE PHILOSOPHIQUE : QUEL GENRE D'OEUVRE EST LE PLUS EFFICACE EN VUE D'EDUQUER LE LECTEUR ?

Introduction :

L'écriture a toujours passionné les hommes, autant dans son art que dans sa fonction littéraire. Cela se développera à travers différents genres d'écrits dont la volonté sera de les instruire en leur transmettant une conception éthique et de nouvelles idées, comme le font les divers apologues ou encore les essais. Mais cela se révèle être plus ou moins efficace selon les genres, mais également selon les destinataires, car chaque texte est adressé à un public défini. Nous nous intéresserons en priorité à l'apologue, avec la fable et le conte, et plus particulièrement au conte philosophique, pour nous demander laquelle de ces deux formes argumentatives, en vue d'éduquer le lecteur, est la plus efficiente. Mais de quelles manières procèdent-elles pour arriver à leur fin ? Quelles en sont leurs limites ? Et par quels autres genres est-il possible d'enseigner au lecteur ?

Développement :

« La littérature veut instruire ou plaire ; parfois son objet est de plaire et d'instruire en même temps », écrit Horace, l'un des plus grands poètes latins dans son « Art Poétique ». C'est ainsi que procèdent les différentes variantes de l'apologue, et parmi elles, la fable et le conte. Mais il me semble que ce dernier paraît tout de même, malgré la répartition des personnages entre le bien et le mal - comme dans le célèbre conte merveilleux de Charles Perrault « Cendrillon » - qui pourrait aider l'enfant à faire la différence entre les deux, avoir davantage l'intention de le distraire et de le faire rêver, contrairement au conte philosophique qui, lui, a une véritable visée didactique. Nous nous pencherons donc sur la fable et le conte philosophique, qui cherchent tous deux d'abord à plaire pour ensuite instruire le lecteur et entraîner plus rapidement son adhésion à la thèse.
La fable, est dans un premier temps adressée aux enfants. Elle va alors favoriser l'histoire à la morale, et mettre en scène des animaux au comportement humanisé pour les amuser et jouer davantage sur leurs sentiments, les faire sourire, les charmer par l'atmosphère comique (situation) du récit, et laisser place à leur imagination, comme dans  « Le loup et la cigogne » de La Fontaine, où les deux personnages principaux sont deux animaux antagonistes, la cigogne sauve le loup, ce qui est invraisemblable dans la réalité et plutôt comique. Mais la fable évolue, elle est alors plus satirique que didactique. Son public change également, il devient celui cultivé des salons mondains. Celui-ci est séduit par la forme poétique de la fable, par sa variété, sa critique, ses nombreux rebondissements, et la tendance de l'auteur à se manifester dans le récit, ce qui  crée une complicité entre les deux individus, comme Victor Hugo dans sa fable « Fable ou histoire », qui intervient en tant que le « belluaire » qui démasque l'usurpateur.
Par ailleurs, le conte philosophique s'inspire de la nouvelle forme de la fable pour « capter » le lecteur. Il va mettre en scène les aventures de personnages humains bien définis mais irréels, faire appel au merveilleux, à l'exotisme et à l'ironie. Et tout ceci, véhiculé justement par le côté conte. Il va ainsi, comme le fait la fable, susciter l'imagination du lecteur. Dans « Candide » de Voltaire, l'exotisme est connoté par le fait qu'on donne « un bel autodafé » en brûlant des personnes pour que la terre cesse de trembler, ce qui rappelle les Incas du Pérou, monde occidentale de l'Amérique du sud, qui faisait des sacrifices humains en l'honneur des Dieux ; l'ironie, elle, vient des critères de sélections des condamnés, « deux portugais » sont choisi pour avoir « arraché le lard » du poulet. Le conte philosophique plaît également car il permet la « popularisation » de la philosophie, car accompagnée du conte, tout le monde peut y accéder et mieux comprendre le texte.
Une fois que le lecteur a adhéré à l'histoire et qu'il s'y plaît, il peut à présent être instruit. Ces deux formes d'apologue ont alors un côté pédagogique.
La fable a pour cela recours à la morale. La fontaine écrit d'ailleurs qu'elle « apprend aux enfants ce qu'il faut qu'ils sachent […] et les toutes premières notions des choses proviennent d'elles » (des fables) dans sa préface aux « Fables ». En effet, il s'agit d'inspirer aux destinataires une conduite sage et réfléchie. Elle est le plus souvent exprimée à la fin ; c'est au lecteur de la déduire, elle impose donc une réflexion. Il est plus facile de la comprendre si elle est imagée, d'autant plus quelle est fréquemment implicite. En illustrant la morale avec des animaux, elle la rend vivante et la fait mieux ressortir, car en mettant des images sur des mots, les enfants sont alors plus aptes à comprendre. Par exemple, toujours dans « Le loup et la cigogne », la morale signifie qu'il ne faut jamais demander a être récompensé pour être venu en aide à une personne. On l'utilisait d'ailleurs déjà au Moyen Âge dans le même but, les fables de Marie de France « Le dit d'Esope », rédigées au XIIème siècle, en témoignent. La fable est donc pratique pour éduquer les enfants. Ainsi, La Fontaine destina ses premières fables au dauphin de Louis XIV. Elle enseigne également à son nouveau public des salons mondains, car avec sa portée satirique qui dénonce la société et les travers des hommes, elle lui montre ce qui est fortement déconseillé de faire, « La ferme des animaux » de Georges Orwell est un exemple de l'évolution de la fable. Cet oeuvre dénonce le totalitarisme stalinien, les animaux servent alors à contourner habilement la censure ; dans le passage du corpus, l'auteur veut peut-être, en plus de sa critique, montrer au lecteur qu'il ne faut pas faire preuve de trahison, ceci avec la mort des animaux ayant collaboré avec « Boule de neige », ennemi de « Napoléon ».
Le conte philosophique, tout comme la fable, veut conduire le lecteur vers la sagesse en lui donnant une leçon, et par la critique des moeurs et de la société. « Les Lettres persanes » de Montesquieu écrites en 1721 dénoncent ainsi les abus du pouvoir absolu en France, les moeurs et la religion. L'âge d'or de ce genre est le Siècle des Lumières, soit celui du savoir et du raisonnement logique. L'aventure vécue par le héros du conte a pour but de conduire à une réflexion morale mais plus poussée que celle attendue dans la fable car elle pose un débat. Le lecteur doit donc réfléchir lui-même et se forger sa propre opinion, ce qui développe son esprit critique. Dans la lettre 97 de l'ouvrage de Montesquieu, la question est celle des principes philosophiques et de la religion ; l'auteur expose les choses de manière à ce que l'on adhère forcément à la raison plutôt qu'à l'« absurdité » de la croyance.
Ainsi, la fable et le conte philosophique cherchent à éduquer quel que soit le destinataire en lui plaisant, et en lui imposant une réflexion plus ou moins approfondie. Mais ils ont tous deux leurs points faibles, leurs limites.

La fable ainsi que le conte philosophique peuvent être mal compris. En effet, leur morale est parfois trop implicite, et le lecteur n'a pas forcément envie de réfléchir sur le texte pour savoir réellement qu'est-ce qu'il veut montrer, dire. Prenons l'exemple d'une parodie de la fable de La Fontaine « La cigale et la fourmi », par Jean Anouilh intitulée « La cigale » (1961). Si le texte de La Fontaine pouvait être plutôt bien cerné, là ce n'est plus le cas. S'il est lu rapidement, il se peut que la critique que fait l'auteur ne soit pas comprise. Ici, c'est celle de l'artiste semblant désintéressé et altruiste qui est peinte, la cigale vient alors démentir cette image.
Ils peuvent également tous les deux ne pas être pris au sérieux par le fait qu'ils s'éloignent trop de la réalité. Dans la fable, les situations sont souvent « farfelues », on peut ne pas faire le rapprochement entre les hommes et les animaux et la prendre ainsi à la légère sans tenir compte de la leçon à tirer, tel que dans « Le singe et le dauphin » de La Fontaine (Livre IV), qui montre qu'il ne faut pas mentir étant donné de ce qu'il arrive au singe, mais le lecteur pourrait ne pas se comparer aux animaux. Il en est de même pour le conte dans lequel l'ironie est omniprésente, comme dans « Le Baron perché » de Calvino (1957), en l'honneur de la venue de Napoléon, on « maquille » un noyer en chêne.
Même s'ils visent tous deux à mener à une réflexion, le récit étant favorisé à la morale, le lecteur a tendance à se focaliser davantage sur l'histoire et pris dans l'action et dans l'irréel, peut en oublier le véritable sens, et ceci, plus dans le conte philosophique que dans la fable, car il est généralement d'une longueur plus imposante. Il y a donc le danger du trop plaisant. Dans « Le voyage de Gulliver » (1726) de Jonathan Swift, on ne laisse emporter dans le monde féerique des Lilliputiens en prêtant moins attention au fait que l'auteur fait une satire féroce de la société anglaise.
La fable étant le plus souvent particulièrement brève et avantageant déjà le récit, ne développe pas assez l'argumentation alors qu'elle doit persuader rapidement le destinataire, « Le coq et la perle » de La Fontaine (Livre I des Fables) doit ainsi réussir à le faire en 12 vers, chose peu probable.
De plus, lorsque la fable dénonce satiriquement des abus de pouvoir en utilisant les animaux pour éviter la censure, pour comprendre les doubles sens du récit et à qui l'écrivain veut réellement faire référence, cela demande d'avoir une certaine culture et d'être un minimum courant des idées politiques de ce dernier – c'est pour cela qu'elle fut ensuite destinée au salons mondains-; ainsi, dans sa fable « Fable ou histoire », Victor Hugo, opposé au Second empire, ridiculise Napoléon III et dénonce ses méthodes tyranniques, et ceci, plus particulièrement avec le vers 10 de ce texte « Regardez ma caverne est pleine d'ossements ».  
Jean-Jacques Rousseau, grand philosophe des Lumières, exprime sa désapprobation sur le fait que l'on fasse apprendre les fables de La Fontaine à des enfants, dans son ouvrage « L'Emile ou de l'éducation », datant de 1762. Selon lui, « la morale est tellement mêlée et si disproportionnée à leur âge, qu'elle les porterait plus au vice qu'à la vertu ». Il justifie cela en montrant que les enfants n'aiment pas s'humilier, c'est pour cela qu'entre la cigale et la fourmi, ils choisiront la fourmi qui refuse de rendre service à la cigale, ou bien encore entre le corbeau et le renard, ils préféreront le renard, alors que celui-ci vole le corbeau. Les fables de La Fontaine enseigneraient donc mal aux enfants. Mais là n'est pas les seuls reproches qu'il leur fait, il pense que la syntaxe des phrases est bien trop compliquée pour eux, comme celle-ci : « Maître renard, par l'odeur alléché », et qu'elles les induisent en erreur, par exemple avec le fait que les animaux parlent. Ainsi, ces remarques s'ajouteraient aux limites du genre.
Nous pouvons donc voir que la fable et le conte philosophique ont tous deux des propriétés qui peuvent « nuire » à leur dessein didactique. Mais ce ne sont pas les seuls genres d'oeuvres à travers lesquels l'auteur peut avoir la même intention.

Le meilleur choix du genre littéraire se fait tout d'abord en fonction du destinataire, car tout dépend du type de personnes que l'on veut atteindre à travers ses écrits, mais également de la sorte d'instruction que l'on souhaite donner.
On peut utiliser le roman pour ses différentes facettes, en effet, chaque style romanesque peut apprendre à son lecteur. Par exemple, si l'on veut transmettre un savoir historique, il sera bénéfique d'avoir recours au roman historique car il prend pour cadre un épisode important de l'histoire, il permet également de se renseigner sur les moeurs de l'époque. Madame Marie-Madeleine de Lafayette a été la première à s'en servir en écrivant « La princesse de Clèves » en 1678, l'action se déroule alors à la cour du roi Henri II, et comporte en même temps une leçon morale. 
Si l'on veut affirmer une thèse, une conception, il est possible d'utiliser le roman à thèse qui se sert d'une histoire comme prétexte pour illustrer et confirmer une doctrine, comme le fait Victor Hugo dans « Le dernier jour d'un condamné » dans lequel il s'oppose à la peine de mort. Mais le roman étant plus complexe que le conte philosophique, en l'employant, on prend tout de même le risque de ne pas être compris.
On peut également, pour défendre une thèse, user de l'essai qui démontre en s'adressant directement à la pensée, à l'intelligence sans passer par la séduction. C'est une contestation des codes établis et qui aborde des thèmes universels. L'essai a une visée didactique car l'auteur y partage ses connaissances avec le lecteur. Ce nom commun vient d'ailleurs du titre de l'ouvrage de Montaigne « Les essais », suites de réflexions personnelles au sujet de l'homme, dans lequel il traitera d'ailleurs le sujet de l'institution des enfants. La Rochefoucauld  écrit « Les Maximes » dans le même état d'esprit, ce n'est pas un essai mais elles forment une vision du monde très critique et qui abordent aussi des thèmes universels. « On fait souvent vanité des passions même les plus criminelles ; mais l'envie est une passion timide et honteuse que l'on n'ose jamais avouer. » est l'une des ses nombreuses maximes.

En vue d'éduquer le lecteur, l'utopie peut, elle aussi, être utile. C'est une vision d'un monde heureux et idéal, qui ne saurait exister, à travers laquelle on voit une critique de notre propre monde. Le genre est fondé par Thomas More en 1516 avec « L'Utopie », dans laquelle l'auteur développe quelques-uns des grands idéaux humanistes.

Conclusion :

Ainsi, la fable et le conte philosophique cherchent tous deux à plaire pour instruire plus efficacement le lecteur, mais certains aspects font qu'ils n'atteignent pas toujours leur dessein didactique. Par contre, ce ne sont pas les seuls moyens par lesquels les hommes de lettres peuvent transmettre leur enseignement.
Aujourd'hui, cela passe également par la diversité de la télévision, avec les dessins animés éducatifs qui suivent le développement de l'enfant comme « Dora l'Exploratrice », ou encore avec les émissions culturelles. Mais la télévision est avant tout une distraction et ne peut en aucun cas remplacer le livre qui lui, même lorsqu'il est attrayant, apporte véritablement quelque chose à l'homme.

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